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Lire
nuit gravement aux idées reçues
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Lire
nuit gravement aux idées reçues
Robert Laffont : 2009
Dans « le jeu
de l’ange », on retrouve l’ambiance envoutante du roman « l’ombre du vent », la Barcelone des années 1920 au décor baroque, fantasque et mystérieux. Le héros de ce livre, David, est un jeune homme qui a eu une enfance
misérable, comme pour tous les enfants des familles défavorisées de cette époque, la vie est dure. « nous habitions une mansarde (…) un
logement exigu et froid où le vent et l’humidité semblaient se moquer des murs. » David vit
avec son père et souffre de solitude mais il a deux grandes amies : l’écriture et la lecture « Les mots et le mystère de leur science cachée me fascinaient et m’apparaissaient comme
une clef permettant d’ouvrir un monde infini(…) ». Il a aussi un refuge : la librairie Sempere & Fils «Ce lieu sentant le vieux papier et la poussière était mon
sanctuaire et mon refuge. Le libraire me permettait de m’asseoir sur une chaise dans un coin et de lire à ma guise tous les ouvrages que je souhaitais. »
Malgré sa condition sociale, David devient écrivain, mais son manque d’argent ne lui permet pas d’écrire d’une façon indépendante, il est employé dans un journal qui l’exploite à écrire à la chaîne des romans feuilletons, très à la mode à cette époque.
Peu à peu, David va vivre des situations insolites et inquiétantes, jusqu’à la rencontre avec un mystérieux éditeur qui lui demande
d’écrire un livre unique, une sorte de bible qui va renfermer les bases d’une nouvelle religion. Comment se fait-il que cet homme a une emprise
totale sur la vie de David au point qu’il n’arrive plus à être maître de lui même ? Intrigué par des phénomènes étranges qui se
passent autour de lui, il va mener sa propre enquête sur ce personnage sorti de nulle part. David ne sait pas contre quoi il doit combattre : des livres dangereux ? et contre
qui : anges, démons, diables..... ? Barcelone renferme d'étranges mystères qui prennent leurs sources dans la nuit des temps.
Le cimetière des livres oubliés déjà à l’honneur dans «L’ombre du vent» viendra de nouveau jouer son rôle protecteur, il conserve tous les manuscrits, même ceux qui peuvent être maudits, comme celui que va y déposer David en espérant qu’il ne tente jamais un lecteur.
Le cimetière des livres oubliés de Carlos Ruiz Zafon :
(…)Isabelle leva la tête vers la coupole de verre et se perdit dans cette vision impossible de faisceaux de lumière blanche criblant une Babel de tunnels, passerelles et ponts tendus vers les entrailles de cette cathédrale de livres.
- Ce lieu est un mystère. Un sanctuaire. Chaque livre, chaque tome que tu vois à une
âme. L’âme de celui qui l’a écrit et l’âme de ceux qui l’ont lu, ont vécu et ont rêvé avec lui. Toutes les fois qu’un livre change de main, toutes les fois que quelqu’un parcourt ses pages, son
esprit grandit et devient plus fort. Ici, les livres dont personne ne se souvient, les livres qui se sont perdus dans le temps, vivent pour toujours, en attendant d’arriver dans les mains d’un nouveau lecteur, d’un nouvel esprit… (extrait de « le jeu de l’ange » page 526).
Edition Actes Sud : 186 pages /
2007
Philippe Doumenc a étudié très sérieusement le roman Emma Bovary, pour
se permettre ensuite de remettre en question la fin du roman : Emma Bovary assassinée mais pas suicidée ! Une idée absolument originale
pour aborder une œuvre littéraire.
Gustave Flaubert ne serait pas vraiment étonné par ce roman, puisque déjà George Sand s’était posée la même question. Philippe Doumenc nous livre au début du roman, un extrait de la correspondance de Gustave Flaubert à son amie : « mais naturellement ma pauvre Bovary s’est bien empoisonnée elle-même……. »
Le roman est construit sous la forme d’un journal tenu on suppose par l’enquêteur, il commence à Yonville-l’Abbaye le village des Bovary, nous sommes le 24 mars 1846 date à laquelle Emma Bovary a avalé l’arsenic et mis fin à ses jours. L’enquête va nous emmener à la rencontre des principaux personnages du roman qui sont tous devenus des suspects potentiels, les évènements essentiels de la vie d’Emma Bovary sont analysés point par point et surtout sa dernière journée pour essayer de comprendre et dénouer cette énigme. On pourrait vraiment croire à une erreur de la part de Flaubert d’avoir cru lui aussi au suicide de son personnage ! Il serait intéressant de lire Emma Bovary avant ce livre pour mieux comprendre les interrogations de l’auteur.
Par contre l’auteur ne mentionne pas la petite fille du couple Bovary, qui a été très vite mise en nourrice, Emma n’étant pas prête à s’occuper de son enfant. Philippe Doumenc ne mentionne pas cet évènement dans son livre, c’est un peu dommage.
«Ce roman dans le roman» est un très bon polar que je recommande à tous les amateurs de littérature et de romans policiers, mais
aussi peut-être aux professeurs de lettres qui ont parfois du mal à aborder des thèmes classiques avec leurs élèves.
Pour avoir un autre point de vue celui de Bibliobog
Union Générale d'Editions : collection 10/18 -190 pages, 1980
Ce roman écrit en 1946 commence par une très belle description à l’aide de métaphores élaborées et judicieuses d’un des personnages du roman « Colin » qui est en train de faire sa toilette. Chaque mot, chaque phrase nous révèle les talents d’écrivain de Boris Vian, on pense s’installer dans un roman à l’écriture délicate et soignée mais très vite une phrase surprend, on la lit, on la relit !! « Quelques comédons saillaient aux alentours des ailes du nez. En se voyant si laids dans le miroir grossissant, ils rentrèrent prestement sous la peau et, satisfait, Colin éteignit la lampe » Boris Vian nous donne le ton de son roman très rapidement, il nous emmène dans un univers absurde et loufoque pour nous raconter l’histoire de Colin jeune homme riche et sans problème qui cherche l’amour. Ce roman est criblé de références culturelles, littéraires et musicales, certaines sont cachées sous forme de jeux de mots comme Jean-Sol Partre, Boris Vian passionné de jazz égrène au fil des pages sa passion pour cette musique, il n’y a plus qu’à noter et à écouter !! Mais il y a aussi ses convictions politiques qu’il nous livre en faisant par exemple de Chick l’ami de Colin un ingénieur qui gagnent moins que ses ouvriers ! Boris Vian a un univers imaginaire incroyablement riche qui lui permet de décrire le monde sans employer les mots de la réalité, comme de dire que c’est un nénuphar qui se loge peu à peu dans le poumon de Chloé la femme de Colin, et c’est cette fleur qui va donner fin à leur histoire d’amour, et l’envie de se suicider quand la vie devient insupportable est rendue par une souris qui vient se loger dans la gueule d’un chat.
Dans ce roman les mots sont triturés, les expressions renversées, dans le monde de Boris Vian on peut trouver un homme à tête de pigeon, de l’engrais qui fait repousser le cuir, un « varlet » nettoyeur, Partre a écrit « le paradoxe sur le dégueulis ». L’humour est à chaque page mais Boris Vian en profite aussi pour faire une critique politico-sociale plutôt grinçante de son époque mais qui pourrait bien convenir à notre monde actuel !
J’ai eu beaucoup de plaisir à lire ce roman, je le conseille vraiment à tous ceux
qui aiment l’humour, les jeux de mots, les contrepétries, mais surtout la qualité et la maitrise d’une écriture originale qui permet une lecture aisée du monde absurde où nous emmène
Boris Vian.
En 1959, un film est tiré de ce livre, Boris Vian désaprouve cette version et le 23 juin, meurt pendant la projection du film.
Pour avoir d'autres avis et lire d'autres articles sur les romans de Boris Vian le blog de Sylire
De nouveaun j’ai eu un réel plaisir à lire cet auteur qui nous promène dans son univers bien spécifique peuplé de personnages à la fois simples, fantaisistes, pittoresques et du coup terriblement attachants.
Ce roman a une introduction originale, car on peut s’imaginer que l’auteur nous propose de l’accompagner pour une balade nocturne dans Tōkyō puisque qu'il utilise non pas le "je" mais le "nous" pour raconter cette hsitoire.
A chaque chapitre, nous sommes informés de l’avancée de la nuit grâce à une pendule placée en début de chapitre. Il est 23h 56, on commence par observer la ville dans son ensemble : « Ce paysage urbain, nous l'observons à travers les yeux d’un oiseau de nuit qui volerait très haut dans le ciel p.7». Puis comme si nous avions une caméra, nous effectuons un zoom sur un restaurant, et plus particulièrement sur une jeune fille assise seule à une table, complètement absorbée par la lecture de son livre. Un jeune homme rentre dans le bar, la regarde puis étonné de la reconnaître, se présente et lui demande l’autorisation de s’asseoir près d’elle et entame une conversation…..
A priori, cette histoire commence bien banalement et pourtant c’est à partir de cette simple rencontre que nous allons vivre une succession de scènes de plus en plus surprenantes qui vont nous plonger dans la vie nocturne un peu marginale de cette ville tentaculaire, peuplée de gens et d' évènements étranges et insolites. Le roman se termine au petit matin, la dernière pendule nous indique 6h 52.
Ce roman m’encourage à lire au plus vite « Kafka sur le rivage » lacune que
je vais vite comblée !!!
Tōkyō 東京都
Zakuro est le second volet de son deuxième cycle romanesque.
Je vous conseille la lecture de Mitshuba, le premier volume de la série.
Dans ce petit roman d’à peine 150 pages, un peu comme dans la série « le poids des secrets », Aki Shimazaki aborde avec beaucoup de finesse, de nouveau la guerre et ses conséquences sur la vie sociale et familiale. Cette fois-ci, elle nous présente une famille, qui ne peut pas faire son travail de deuil, car le père a disparu pendant la guerre en 1947 et comme sa mort n’a jamais été officiellement déclarée par les autorités, le doute s’est installé. Un doute entretenu régulièrement par des témoignages de personnes qui ont ou aurait vu le disparu, comme par exemple ces gens qui l’aurait aperçu dans un camp de travaux forcés près de la ville de Bukacaca en 1947, puis cet ami de la famille qui affirme l’avoir rencontré à Los Angeles. C’est le fils qui va entreprendre une douloureuse enquête pour apprendre la vérité sur son père et permettre à sa mère, atteinte de la maladie d’Alzheimer et qui attend inlassablement son retour, de mourir en sachant enfin la vérité sur la disparition de son mari.
On retrouve dans ce petit livre, le thème que l’on sait maintenant cher à l’écrivain : Les secrets de famille ! Mais ce second volet m'a beaucoup moins plus que Mitshuba.
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