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2 mai 2013 4 02 /05 /mai /2013 23:07

rentrée littraire 2012

 

lointain souvenir de la peau

Edité chez Actes sud : 443 pages / 2012

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Russel Banks a écrit là un livre kafkaïen qui nous renvoie à notre impuissance face à la folie d'un monde déshumanisé qui se protège de la folie qu'il engendre. 

Le moyen âge avait ses lépreux qui étaient écartés du monde des vivants pour éviter la contamination.  Les malades étaient des enterrés vivants. Condamnés à vivre dans des léproseries, ils n'avaient plus de contact avec la société qui voulait se préserver. Cette maladie a disparu de nos sociétés modernes mais d'autres lèpres ont vu le jour tout aussi nuisibles pour les êtres humains qui en sont atteints.

Maintenant nous sommes tous inter-connectés les uns aux autres et paradoxalement la solitude et l'individualisme gangrènent  peu à peu nos vies.  Les siècles passés avaient leur lot d'injustices et de souffrances mais notre civilisation basée sur la robotisation et la technologie à outrance en invente d'autres. En suivant pas à pas, un jeune homme qui se surnomme "Kid" personnage central de ce roman,  Russel Banks nous propose une réflexion sur les nouvelles maladies de nos sociétés modernes  engendrées par une technologie de pointe maintenant à la portée de tous : Internet. 

Kid est un jeune homme de 21 ans. Il sort de prison avec un bracelet électronique à la cheville, qu'il va garder 10 ans. Pour connaître sa nouvelle situation sur le sol américain, il se rend dans une bibliothèque et demande à l'employée de taper son nom sur Internet. Le verdict est sans appel. Son nom et sa photo apparaissent mais aussi sa particularité : délinquant sexuel sur mineur.

Kid est un délinquant sexuel qui n'a pas à proprement parlé commis de crime. Il l'a juste fantasmé sur Internet. Orphelin de père,  Kid a été élevé par sa mère qui l'a laissé grandir seul, trop occupée par sa vie personnelle. C'est ainsi que  Kid grandi dans la solitude avec ses deux compagnons un iguane et un ordinateur. C'est comme ça qu'il est devenu addict aux films pornos sur internet. Le manque d'éducation lui font confondre le monde virtuel et la réalité. Le jour où il va à son premier rendez-vous avec une jeune fille avec qui il communique sur un forum, c'est la police qui sera au rendez-vous. kid est un délinquant sexuel qui n'a jamais eu de relation sexuelles avec quiconque à part virtuelle.

Devenu un paria, il doit vivre comme les lépreux au Moyen-âge loin de la société. Par contre, il n'y a pas de lieu spécifique pour l’accueillir aussi il n'a pas d'autre solution que de s'installer avec les autres SDF délinquants sexuels comme lui, sous l'unique viaduc à moins de 800 mètres de tout lieu fréquenté par des enfants. Le port du bracelet électronique et le fichage sur Internet condamnent ces hommes à vivre sans pouvoir se loger, sans pouvoir travailler. Les autorités organisent des descentes de police pour les forcer à quitter le viaduc. Mais pour aller où ?

Russel Banks nous offre avec ce livre une source de réflexions sur nos sociétés qui sont les principales instigatrices de la  violence urbaine et qui s'en défendent en misant sur la répression plutôt que sur l'éducation. Une pure folie.

Un roman qui fait froid dans le dos.

Ce roman fait écho a un autre livre lu il y a quelques semaines et qui analyse complètement différemment, mais avec autant de justesse, les dérives de la civilisation moderne : "le convoi de l'eau"

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Un autre jeune Kid : celui de Charlie Chaplin en 1921.....

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19 mars 2013 2 19 /03 /mars /2013 21:59

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Edité chez Actes Sud : 2011 / 215 pages

Ce livre a reçu de très bonnes critiques à sa publication, mais un accueil mitigé sur les blogs. Le titre parle de lui-même : Un été sans les hommes et l'histoire d'une femme qui est quittée par son homme !

Cet homme est un mari délicat puisque qu'il ne dit pas " jeveux te quitter" mais "j'ai besoin de faire une PAUSE" . Ce qui est beaucoup moins délicat c'est que la PAUSE en question n'est autre que la  jeune collègue du gentil mari...

Quand Mia apprend de la bouche de son mari ce besoin de faire une PAUSE après 30 ans de vie commune, elle se retrouve en hôpital psychiatrique. Du coup elle aussi part faire une PAUSE.

Avec ce roman, Siri Hustvedt nous propose un patchwork de tranches de vie et de réflexions sur l'existence et la relation entre les individu sur un ton à la fois cynique et ironique.

Mia est une poétesse mais aussi une intellectuelle, elle a toutes les clés pour analyser sa situation et elle ne va pas s'en priver ! Sous le regard du lecteur qui devient un peu le voyeur de sa déchéance et de sa reconstruction, elle se livre à une  véritable introspection de sa vie intime avec beaucoup de lucidité et d'humour avec l'aide de sa psychanalyste qui va lui permettre de parler sans retenue de tout ce qui la blesse.  

Mia va sortir de l'hôpital et reprendre une vie normale entourée de sa mère, sa fille et des femmes qu'elles rencontrent au cours de sa convalescence. C'est ainsi qu'elle va prendre le temps de rencontrer et d'écouter les femmes qui l'entourent.

Ce roman est intéressant parce qu'il abordent beaucoup de points comme la relation de couple, les enfants, les parents qui vieillissent, les adolescents........ Mia raconte, dissèque, analyse, compare et sort ainsi peu à peu de sa souffrance. Et son ex-mari que fait-il pendant sa PAUSE ? La fin du roman le raconte et nous offre une conclusion tout aussi classique que le début de l'histoire. Cette banale crise de couple est analysée au scalpel ce qui permet de la rendre intéressante. Il faut souligner que dans cette histoire ce n'est pas le mari qui a tiré les meilleurs bénéfices de cette PAUSE qu'il a pourtant souhaité..... 

Je ne peux pas dire que ce roman a été un coup de coeur, mais il m'a souvent amusée voir étonnée, parce qu'il est traité  avec beaucoup de finesse et d'effronterie. Cette histoire de couple est résolument dans la norme, du coup "Un été sans les hommes" ne nous apprend rien de plus dans la manière de gérer une crise de couple, c'est ce qui m'a ennuyée et un peu déçue. 

Par contre, le personnage de Mia qui est très touchante dans sa manière de réfléchir à sa situation, mais tous les personnages qui traversent  ce roman sont attachants. 

Je tenterais sûrement de lire d'autres titres de cette auteure.

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Pour en savoir plus sur Siri Hustvedt qui est la compagne de Paul Auster un petit clic ICI

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25 février 2013 1 25 /02 /février /2013 10:19

marya une vie

Édition Stock : collection Cosmopolite : 2012 / 322 pages

 

L'héroïne de ce roman Marya Knauer fait parait-il écho à la vie de Joyce Carol Oates. On y retrouve des éléments biographiques de sa propre histoire comme le fait que Marya Knauer devienne écrivaine.

Ne connaissant pas assez la vie de cette écrivaine, je n'en dirais pas plus. Ce qui est certain c'est que ce livre est une véritable étude sociologique des classes défavorisées américaines dans les années 60.

Ce roman retrace la vie de Marya Knauer naît dans les quartiers pauvres de Canal Road entre Innisfail et Shaheen Falls. Orpheline de père et abandonnée par sa mère, Marya et ses deux frères sont recueillis par un oncle et une tante.

Marya grandit dans un milieu social défavorisé violent et insécure. Dés son plus jeune âge, elle subit des violences et le harcèlement sexuel de son cousin. La jeune fille se forge une carapace, apprend la solitude, à ne compter que sur elle et se montre extrêmement douée à l'école. Le curé de la paroisse, le père Shearing devient son guide intellectuel, il lui fait découvrir la littérature, lui prête des livres. Son personnalité s'affirme, son orgueil est sa force, elle cultive sa différence. Quand Marya s'oppose au destin sans surprise qui est réservé aux femmes de sa communauté, c'est à dire se marier et avoir des enfants, elle va être victime de manipulation. Son départ à l'université se fera quand même mais dans une extrême violence, que l'auteure va juste suggérer en fermant ce chapitre par une ellipse.

A l'université, Marya découvre une autre forme de violence, celle qui oppose les classes sociales dominantes aux classes défavorisées. Il va lui falloir une bonne dose de courage pour affronter ce milieu radicalement opposé au sien. Les étudiants boursiers n'ont droit qu'à d'excellents résultats sinon ils sont radiés de l'université. Marya est d'une exigence obsessionnelle et ne s'autorise aucune faiblesse pour avoir les meilleurs résultats.

A force de travail acharné, Marya devient professeur d'université et une écrivaine reconnue. Dorénavant, elle sait qu'elle n'a plus sa place dans son milieu d'origine, mais est-elle vraiment à l'aise dans ce milieu intellectuel et bourgeois. Elle est, là aussi, différente et reste toujours un peu en marge. Marya, jeune belle et douée, devient la maîtresse d’éminents intellectuels mais dont elle ne pourra jamais devenir l'épouse. L'attitude du concierge de l'université qui à des tendances perverses s'occupe aussi du ménage de son bureau et  déstabiliser Marya plus que de raison, ce qui permet d'analyser à quel point son enfance victime de violence n'est pas guérie. Marya est une résiliente comme disent les psys aujourd’hui, mais quelle dose de courage et de sang froid pour en arriver là.

"Marya, une vie" pourrait porter aussi ce titre : "Marya et la dureté de la vie".

L'héroïne de ce roman donne à cette histoire une touche résolument féministe comme on peut en juger dans cet extrait :

L'une des jeunes femmes avec qui elle était devenue amie se plaignait amèrement de ce que, malgré ses nombreux diplômes et prix universitaires, malgré sa nomination prochaine à Stanford, sa famille, sa mère en particulier, semblait attendre uniquement la nouvelle de son mariage. Rien d'autre ne semblait avoir d'importance ni de signification. (extrait de la page 220).

J'ai adoré le thème de ce roman et le personnage de Marya, mais je suis un peu déçue par le nombre d'ellipses. Elles empêchent une meilleure compréhension sur des évènements pourtant majeurs.

J'ai préféré l'ampleur des romans comme "Nous étions les Mulvaney", "Les chutes" et "Eux"

D'autres blogs qui parlent de ce livre : MattooBlog Claudialucia

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Joyce Carol Oates

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6 janvier 2013 7 06 /01 /janvier /2013 10:00

rentrée littraire 2012

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Edition Phébus / 139 pages : 2012

 

Ce roman raconte l'exode silencieuse et cruelle de femmes japonaises vendues par leurs familles à des japonais immigrés aux Etats-Unis, en mal d'épouse mais aussi de main d'oeuvre solide et discrète.

Nous sommes au début du XXème siècle,  cette histoire commence sur le bateau qui emmène la jeunesse et les rêves de pauvres jeunes filles dont certaines sont à peine sorties de l'enfance. Ces innocentes fiancées vont débarquer dans un pays inconnu mais qu'elles ont fortement fantasmé. Pour cela, ces "épouses par correspondance" ne disposent que d'une photo de leur futur mari comme preuve d'un futur bonheur, mais on leur a aussi raconté de belles histoires à l'eau de rose qui les ont aidées à quitter leur pays. A l'arrivée, elles ont fait la connaissance de leurs futurs époux et le rêve est devenu pour la plupart un cauchemar.

Julie Otsuki est une descendante de ces femmes japonaises venues en Amérique, c'est pour cela qu'elle a eu envie d'écrire ce livre qui est une forme de recueil de toute la douleur de ces femmes. Pour que l'on puisse  les entendre toutes et pour leur donner à toutes la parole, l'écrivaine a choisi l'emploi du "nous".  Ce "nous"  comme un seul et immense cri de douleur est judicieux, pourtant j'ai trouvé à la longue ces énumérations un peu lassantes. J'aurais aimé que les voix qui sortent de l'ensemble pour raconter des bribes de leur histoire personnelle se confient un peu plus. Parce que je me demande vraiment comment ces femmes ont pu survivre à des conditions de vie aussi inhumaines. Quels sont les réseaux d'entraide qui ont permis de les intégrer, puisque il y a eu intégration. Et puis beaucoup d'autres questions restées sans réponse.

Des sites racontent l'histoire de ces femmes asiatiques (Corée, Chine et Japon) appelées "picture brides" que l'on peut traduire par "jeune mariée en 'image" la plupart sont en anglais.

un site français raconte l' immigration japonaise aux Etats-Unis  : Ici

L'article de la quinzaine littéraire est remarquamblement bien documenté à lire ICI

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J'ai trouvé quelques photos sur Internet. Il y a aussi  un film qui retrace l'histoire de ces femmes.

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Film sorti en 1994 réalisé par Kayo Hatta

Synopsis du film Picture Bride

Jeune Japonaise, Riyo part en 1918 à Hawai, en vue de son mariage arrangé par correspondance avec Matsuji, ouvrier dans une plantation de cannes à sucre. Mais elle ne trouve pas le paradis qu'elle s'imaginait quand elle entame sa première année à la plantation. Heureusement, une amitié nait entre elle et une mystérieuse femme.
J'ai beaucoup aimé l'article d'Anis, je vous invite à la lire ICI
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7 novembre 2012 3 07 /11 /novembre /2012 23:28

Histoire-litteraire

Lecture commune avec Anis : blog "Littérama"

dans le cadre du thème :

Les femmes mènent l'enquête

Jane austen

 

Ecrit par Stéphanie Barron édité par Le Masque : 2007 : 398 pages

 

L'auteur :

Stéphanie Barron est américaine, c'est une personnalité plutôt originale. Elle est diplômée d'histoire européenne et spécialiste de l'histoire de la  France Napoléonienne. Elle ne passe pas sa thèse mais entre à la CIA comme stagiaire pour un an. Elle y reste quatre ans comme analyste à la cellule antiterroriste. Grande lectrice et admiratrice de l’œuvre de Jane Austen, elle  quitte la CIA pour se consacrer à l'écriture de sa série policière dont l'héroïne est Jane Austen.

Les ingrédients de ce roman policier permettent une lecture très dynamique de ce livre. Un bon dosage de suspense et d'intrigue mêlés à une page d'histoire intéressante, la guerre franco-britannique au Portugal en 1809, tient le lecteur en haleine. Ce roman fait partie d'une série dont l'héroïne est tout simplement Jane Austen qui devient sous la plume de Stéphanie Barron une femme dont la vie est pleine de surprises. Jane Austen est toujours écrivaine mais elle est aussi une femme aventureuse qui se transforme en une détective experte et pétillante d'intelligence pour résoudre des énigmes complexes.

L'histoire :

L' Angleterre en 1809 vit dans un climat politique explosif. Les conflits sont nombreux à cause d'une guerre franco-britannique au Portugal et des conflits religieux entre les églises anglicane et catholique qui dévastent le pays.  A cette époque, Jane Austen vit à Southampton avec sa mère, elle partage son temps entre l'écriture et sa famille. Pendant quelques jours, la jeune femme à la charge de ses neveux et c'est en se promenant avec eux dans les ruines de l'abbaye de Netley qu'elle rencontre un mystérieux personnage qui lui remet une lettre de son ami Lord Harold Trowbridge. Cet ami lui demande de l'aide pour déjouer un complot contre le royaume d'Angleterre. 

Le décor gothique de l'abbaye de Netley teinté de brouillard, apporte une touche de mystère et d'angoisse qui pimente l'aventure déjà très risquée pour Jane Austen. Elle va devoir déjouer un véritable coup d'état contre la couronne d'Angleterre. La  difficulté pour la jeune femme sera de comprendre qui complote contre qui ? On accuse la troublante veuve Sophia Challoner de conspirer contre l'Angleterre et d'être une amie de Bonaparte. Jane Austen est sensible au charme de cette femme avec qui elle tisse des liens d'amitié tout en la surveillant pour le compte de son ami Harold Trowbridge. Jane Austen va devoir user de toute son intelligence et sa finesse d'esprit pour garder une certaine neutralité face à ces deux personnages enigmatiques, que tout oppose, mais qui se sont autrefois aimés et qui apprécient chacun à leur manière Jane Austen. Lequel est un manipulateur, lequel dit la vérité. Ce n'est vraiment qu'à la fin de cette histoire très riche en  rebondissements que l'on découvre la triste vérité.

Mon humble avis !

Je conseille ce roman à tous les passionnés de Jane Austen parce que l'on y retrouve vraiment son univers et Stéphanie Barron fait de sérieux efforts pour adapter son style d'écriture à celui de Jane Austen et c'est pas mal réussi. Ceux qui aiment l'histoire sauront apprécier la qualité des références à des faits historiques qui ont réellement existé et les passionnés de romans policiers vont retrouver à travers ces pages tous les ingrédients d'un bon polar : suspense, meurtres, rebondissements, enquêtes......

Sans oublier l'analyse sociologique qui met l'accent sur la difficile condition féminine de cette époque.

Mon frère et moi  le suivirent aussitôt mais mon corset m'empêchait de reprendre mon souffle et je perdis rapidement du terrain.(...) Un sanglot me déchira la gorge mais, ignorant la douleur de mon corset trop serré, je courus comme si tous les chiens de l'enfer étaient à mes trousses. (extrait de la page 384)


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Portrait de Jane Austen

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23 septembre 2012 7 23 /09 /septembre /2012 17:06

rentrée littraire 2012

 

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Edition Bourgois - collection Littérature étrangère : 151 pages / 2012

 

Toni Morrison est connue et reconnue dans le milieu littéraire comme étant une grand dame de la littérature. Elle a d'ailleurs reçu le Prix Pulitzer pour son roman "Beloved" et le Prix Nobel de littérature en 1993. Je n'ai jamais lu de romans de cette auteure que l'on qualifie "d'écrivaine surdouée qui se délecte des contes qu'elle invente" dans le dernier numéro de "Transfuge". La presse littéraire encense donc son dernier roman "Home" que j'ai lu avec beaucoup de plaisir même si l'histoire est plutôt "cruelle" et sa construction un peu complexe. 

Ce roman ne fait que 151 pages, et pourtant il fait le tour de la plupart des problèmes raciaux que rencontrent les noirs-américains dans les années 1950. Il faut bien sur être "un génie" de la littérature pour arriver à une telle prouesse.

J'ai d'abord été un peu désorientée par la construction de l'histoire qui est tout sauf linéaire ! Mais très vite j'ai été happée par la vie de Franck Money et sa petite soeur Cee. Deux enfants orphelins qui ont grandi auprès d'une grand-mère cruelle. C'est la guerre de Corée qui va séparer Franck et Cee. Chacun va partir vers son destin tracé par une enfance malheureuse et la ségrégation raciale : c'est à dire une vie semée d'embûches, de difficultés quotidiennes, et de plus teintée d'horreurs.

Franck va revenir de la guerre complètement traumatisé, au bord de la folie. Il cherche à oublier avec l'aide de l'alcool, mais le souvenir récurant d'une petite fille coréenne quémandant à n'importe quel prix de quoi manger, résume à lui seul, l'enfer qu'il a vécu et qui le hante. 

Franck se fait un devoir de retrouver sa soeur. Il va la sauver in extremis des griffes d'un médecin qui, comme beaucoup d'hommes blancs de cette époque, ne considérait pas les hommes noirs comme des êtres humains.  Tous les deux choisissent de revenir  dans le village de leur enfance, devenu une micro-société solidaire, qui loin de la folie des hommes, a su cultiver la seule chose qui puisse  les faire grandir : l'humanisme. Franck et Cee vont enfin découvrir la paix et la sérénité.

Ce conte cruel comme le qualifient beaucoup de critiques littéraires et aussi un roman éblouissant de réalisme et de sagesse. Il réactive le souvenir de ces années qui ne sont pas si loin où le "white only" était de mise dans tous les états d'Amérique. En lisant ce livre, j'ai aussi appris qu'il existait un guide pour circulait sans difficulté quand on était de race noire : le Negro Motorist Green Book de Victor H. Green répertoriait  les restaurants et hôtels accueillant les noirs dans différents états. A méditer....

Toni-Morrison.jpgPortrait de Toni Morrison

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16 septembre 2012 7 16 /09 /septembre /2012 09:43

corps ame

     Edité chez Gallimard en collection Folio / 682 pages 

 

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Franck Conroy est un auteur qui me semble peu connu en France, j'ai relevé ce titre en regardant l'émission littéraire "la grande libraire"  : Corps et âme était le coup de coeur d'un libraire, il est devenu le mien!

Un roman que je conseille vivement.....

Claude Rawlings est un gamin des quartiers pauvres de New-York. Sa mère l'enferme à double tour dans leur petit appartement pour aller travailler. Elle est chauffeur de taxi. Claude est un enfant docile, il regarde par le soupirail les pieds des passants, une vision bien restreinte du monde. Mais les journées de Claude s'éclairent le jour où il découvre un autre univers. Dans un recoin de sa chambre, un étrange piano blanc avec un miroir trône là, presque enseveli sous une pile de livres et de partitions. Claude a une véritable attirance pour cet instrument. Il pianote et tente de comprendre comment il fonctionne. Il découvre les sons, se pose des questions en regardant les touches  : Le piano représentait une énigme. Pourquoi y avait-il des touches noires et pourquoi étaient-elles disposées ainsi, par groupes de deux ou trois ? (extrait page 30)

C'est l'école qui va sortir Claude de son isolement, pas le lieu en lui-même, Claude n'aime pas aller en classe, il est trop différent des autres enfants.  Par contre, le chemin de l'école est une source de découvertes qui enchante le petit écolier et surtout la vitrine d'un magasin de musique.  Jusqu'au jour où Claude s'arme de courage et ouvre la porte du magasin. Il ne sait pas encore qu'il vient de franchir un univers qui va transformer sa vie......

Avec ce roman, Franck Conroy met en lumière la musique mais aussi tout le travail des musiciens. Parce que la musique s'est aussi l'histoire des hommes qui la jouent et qui créent son incroyable diversité. La musique est née avec les hommes, elle est le reflet de leur vie, de leur passion et de leur lutte. Franck Conroy nous fait découvrir à travers des portraits de Jazzmen noirs dans le New-York des années 40, leur lutte pour faire accepter leur différence. Ce combat quotidien se superpose à celui  du jeune Claude Rawlings qui va devoir lutter pour devenir un pianiste extrêmement brillant et reconnu. En effet, le milieu de la haute bourgeoisie New-yorkaise  n'apprécie guère les origines pauvres du jeune homme.  En fréquentant les musiciens de jazz, Claude Rawlings se promène dans des univers musicaux différents du sien. Grâce à ses origines modestes et à son amour de la musique,  le jeune musicien n'a pas de préjugés ce qui lui permet de marier les différents courants musicaux et de renforcer sa personnalité artistique. Créer des liens avec la musique est plus facile à Claude Rawlings que de le faire avec les hommes !

Tout au long de ce roman, on rencontre de magnifiques portraits d'hommes et de femmes qui ont tous été malmenés par l'histoire :  la guerre, l'antisémitisme, la ségrégation raciale, sans oublier l'éducation restrictive des femmes. Et aussi des pages sur la musique et les musiciens qui donnent vraiment envie d'écouter toutes ces musiques.

Le livre s'ouvre sur cette citation :

L'héritage qui t'est venu de ton ancêtre. Il te faut l'acquérir pour le mieux posséder. Goethe, Faust

Parce que dans ce livre il est aussi question de l'hérédité.......

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17 juillet 2012 2 17 /07 /juillet /2012 18:05

Les femelles

Recueil de nouvelles édité chez Points / 2010 : 331 pages

 

Ce livre n'est pas un roman mais un recueil de 9 nouvelles. Le véritable titre de ce livre : The femal of the specie est tout aussi évocateur du thème de ce recueil que le titre en français. 

C'est le 4ème livre que je lis de cette écrivaine et à chaque fois je peux constater que le thème de chaque roman est travaillé avec une précision de joaillier. Le stylo de Oates est un scalpel qui décortique, soulève tous les pans de l'âme humaine pour nous en décrire tous les travers, les souffrances, les peurs, les lâchetés et la violence.

Ces neuf nouvelles ont un fil conducteur que l'on retrouve dans chaque histoire : Neuf portraits de femmes, neuf victimes. Victime d'un mari, d'un père, d'un amant, de leur apparence.... Chaque nouvelle propose une situation bien spécifique qui nous renvoie au schéma de la société actuelle. Ces femmes sont poussées à l'extrême de leur capacité à supporter leurs persécuteurs. Elles vont réagir instinctivement à cette oppression et tuer leur bourreau de sang froid.

Certains portraits sont tellement touchants dans leur détresse comme "avec l'aide de Dieu" et "Poupée : une ballade au Mississipi" que l'on arrive à comprendre cette folie qui  rend ces femmes, meurtrières. Les nouvelles ne sont pas toutes de même qualité et certaines sont très glauques et énigmatiques comme "Banshee" et "Madison au Guignol". Mais elles sont de toute manière toutes enivrantes à lire avec pour chacune sa dose d'angoisse et de violence.

Les nouvelles ont une fin ouverte qui nous laissent imaginer la suite.

J'ai lu sur le blog de George, qu'elle conseillait l'essai d’Elisabeth Badinter "Lignes de fuite" qui permet de mieux comprendre cet instinct de vengeance et de mort qui qualifie ces femmes.

Pour lire l'analyse de ce livre chez George ICI

En conclusion, voici la  4ème de couverture qui annonce parfaitement bien le thème de ces nouvelles !! Et si ce livre vous tente comme lecture de vacances : bonne lecture !!

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19 juin 2012 2 19 /06 /juin /2012 18:15

Eux

eux

Edité chez Stock dans la collection La Cosmopolite

Ecrit en 1969, réedité en 2007 pour la présente édition : 632 pages

 

Avec ce roman, Joyce Carol Oates s'est lancée dans un projet particulier et dense, qu'elle explique dans une note en préface.

JC Oates enseigne l'anglais à l'université de Détroit de 1962 à 1967.

Une étudiante inscrite à son cours de soir lui écrit une lettre quelques années plus tard pour lui raconter la complexité de sa vie qui explique en partie ses difficultés pour étudier. Elle se permet aussi de critiquer le contenu de ses cours et sa façon d'aborder les étudiants.

L'étudiante reproche à son professeure l'inexactitude de son enseignement. Pour cette jeune femme, Il existe un trop grand décalage entre les œuvres de fiction et la « vraie vie » alors que J.C. Oates leur enseigne que « la littérature donne forme à la vie ».

Joyce Carol Oates va rencontrer cette jeune femme, de ces échanges va naître un roman dont l'héroïne principale "Maureen Wendall" ne sera autre que l'étudiante du cours du soir.

C'est aussi un moyen de prouver que toutes « les réalités » peuvent devenir des « œuvres de fiction ».

« Eux » ce sont les familles pauvres de l'Amérique des années 1930 à 1960 qui occupent les quartiers et les banlieues sordides de Détroit.

Le roman commence en 1937 avec l'histoire de Loretta Wandall, une adolescente pleine d'espoir devant la vie qui s'offre à elle. Mais grandir dans ces quartiers, permet difficilement aux enfants de devenir des adultes libres de choisir leur avenir. Les années passent et Loretta va peu à peu perdre ses illusions et devenir la mère insécure et tyrannique de 4 enfants. Comme Loretta quand elle était jeune, ses deux aînés Jules et Maureen aspirent à vivre autrement. J.C. Oates a mis en avant ces deux personnages parce qu'ils ont la particularité de vouloir évoluer et envisage de suivre des études. Il faut tout le talent de J.C. Oates pour nous démontrer avec minutie par des évidences sociologiques mais aussi par d'infinis détails du quotidien que le défi mené par les deux jeunes gens sera long est difficile, voire impossible. Dans cette Amérique où gronde la révolte des noirs qui va donner les émeutes sanglantes de 1967, ce roman révèle que le combat quotidien pour survivre empêche ces gens de prendre part d'une façon active à ce conflit, même de le comprendre. Le racisme entre les différentes communautés que décrit J.C. Oates s'analyse plus dans une lutte quotidienne pour la survie que dans une véritable haine et rejet de la différence, que l'on peut voir dans nos sociétés actuelles.

Ce roman souligne avec beaucoup de justesse, qu'à cette époque la vie des femmes est doublement pénalisée. Elles naissent dans un milieu difficile qui ne leur donnera pas la possibilité d'évoluer et de plus, qu'elles soient issues de n'importe quel milieu, la place des femmes est à l'intérieur de la maison au service de son mari et de ses enfants, les hommes vivent leur vie à l'extérieur du foyer.

« Eux » est une plongée en apnée dans l'Amérique pauvre du début du XXème siècle. On en ressort en aspirant une longue bouffée d'air, soulagé d'avoir pu aller jusqu'au bout de ce périple. Loretta, Maureen, Jules et tous ceux qui partagent avec eux ces tranches de vie, resteront à jamais dans le cœur de leurs lecteurs.

Oates

Joyce Carol Oates

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12 décembre 2011 1 12 /12 /décembre /2011 22:33

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Actes Sud / 2011

 

Sunset Park est un roman social, il symbolise notre époque. Même si c'est de l'Amérique qu'il est question, il me semble que l'on peut retrouver ces problèmes de société dans tous les pays actuellement.

Le personnage principal "Miles" donne le ton d'entrée de jeu, il prend en photo les maisons vidées de leurs occupants à cause de la crise des subprimes. L'Amérique est en crise, l'argent est dans les mains des spéculateurs et on se débrouille comme on peut pour garder un peu diginité.

Crise du logement, crise de couple, crise familiale, crise sociale : le monde est en crise. Les personnages de ce roman se débattent, trouvent des idées pour vivre autrement. Paul Auster nous donne ainsi des exemples de vies dans ce pays où le rêve américain est devenu un cauchemar. Le roman prend de l'ampleur, quand Miles rencontre des problèmes graves dans sa vie, et s'en va rejoindre son ami Bing pour vivre dans un squatte avec Alice et Ellen. Cette maison abandonnée va leur donner un peu de temps pour refaire surface. Ces personnages sont en situation de repli, ils n'ont pas d'argent mais il ont aussi tous des failles, des traumatismes liés à leur passé. Ces secrets bien gardés au fond d'eux, montrent à quel point, ne pas montrer, ne pas dire les problèmes, par peur des réactions est bien plus destructeurs que d'en parler.

Paul Auster aborde tous les sujets sociaux qui traversent notre vie actuelle avec beaucoup de justesse : les projets professionnels qui deviennent compliqués à mettre en place, les études de plus en plus longues pour fuir le chômage, l'identité sexuelle, la vie de couple, le divorce, les familles recomposées......

J'ai par contre lu un peu en diagonale les pages qui parlent de Base-Ball ! Paul Auster rend  hommage à la littérature et pour cela parle des écrivains tout le long de son roman, il fait aussi passer des messages d'alerte au sujet des petites maisons d'éditions qui ne peuvent plus prendre de risque comme avant pour éditer certains livres à faible tirage. 

Paul Auster en profite aussi pour mettre en avant le P.E.N (ne pas confondre !) qui est un organisme qui prend la défense des écrivains emprisonnés qui n'ont plus le droit d'écrire et de publier. Je ne connaissais pas cet organisme, il mérite d'être un peu plus connu.

 

J'ai aimé cette histoire qui est une sorte de constat d'une époque qui se termine. Les personnages sont profondemment  attachants, et j'ai vraiment apprécié le style, un vrai régal. Paul Auster alterne les points de vue des personnages ce qui donnent une vision plus élargie des situations évoquées. Il y a des effets de style un peu complexes et très littéraires qui sont un vrai bonheur ! Par contre à un moment, Paul Auster utilise le "tu" pour raconter, heureusement ce n'est que pendant quelques pages, je crois que je ne serais pas capable de lire un roman qui utilise le "tu" en permanence.

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Je publie la chronique de ce roman aujourd'hui 12 décembre, en hommage à Hubert Nyssen le fondateur d'Actes Sud qui nous a quittés le 12 novembre 2011. C'est  Denis, qui a eu cette belle idée : le 12 de chaque mois on peut publier un roman d'Actes Sud et ceci pendant un an en souvenir de cet amoureux des livres. .  

 

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